The Book Of My Life – vol : 32 : Graphzine, Graphzone de Xavier Gilles Néret en 2019 (Coédition du Sandre et le dernier cri)

22 Mai
Graphzine Graphzone est une étude consacrée aux graphzines, cette alternative, née dans le sillage du punk, tant à la bande dessinée qu’à l’art institutionnel dit contemporain. Si l’univers du graphzine peut en effet sembler proche de celui de l’édition de bande dessinée indépendante, un pas de plus est fait dans la radicalité : les producteurs de graphzines, en bons praticiens du Do it yourself, privilégient l’autoproduction et les tirages restreints, expérimentent différents procédés d’impression et s’affranchissent volontiers des contraintes de la narration traditionnelle. Ce qui les
unit est sans doute l’obsession des images (des plus conventionnelles aux plus étonnantes et choquantes) et une réalisation artisanale souvent menée en « réseau ». Pour retracer l’histoire et appréhender les enjeux conceptuels de cette production, l’auteur s’appuie largement sur le propos des hommes de l’art, une approche chorale qui répond au caractère polymorphe du graphzine. Partant des pionniers (Bazooka et Elles Sont De Sortie), X.-G. Néret explore en détail ce phénomène qui allait foisonner en dehors des institutions à partir des années 1980. Un territoire neuf s’ouvrait, qui brisait les conventions narratives de la bande dessinée par le rapprochement ambigu d’images et de textes. En analysant la variété des influences et des formes du graphzine, parmi lesquelles le heta-uma, courant graphique japonais inventé par Teruhiko Yumura, source importante bien que souterraine, l’auteur dégage l’essence de cette pratique. Le graphzine se révèle être un art de vivre, l’affirmation d’une puissance créatrice qui implique un renversement de valeurs favorisant l’expression des singularités ; une liberté qui se manifeste tant au niveau de la forme, expérimentale, que du contenu, soumis à aucune censure autre que celle que les artistes s’infligent eux-mêmes – au risque, pour certains, de se voir intimidés ou condamnés. Ils explorent ainsi, parfois avec une désarmante « innocence insatiable », des territoires que les instances normalisatrices réprouvent,
notamment ceux qui ont trait à la sexualité et à la mort. X.-G. Néret y voit aussi une puissante avant-garde graphique, dans le sillage de Dada, du lettrisme et du situationnisme, contribuant à prolonger en la renouvelant « une histoire secrète du XX e siècle ».

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