Koyaanisqatsi

17 Avr


Avant que la Seconde Guerre mondiale n’éclate, Terry Riley (né à Colfax, Californie, en 1935) entend des standards du jazz à la radio et acquière ses premières bases musicales au violon. Il est alors capable de jouer l’hymne de la Marine pour son père, mobilisé en 1941. Lorsqu’il a l’opportunité d’être en présence d’un piano, le jeune garçon y passe de longs moments. Impressionnée par les capacités de son fils, qui a manifestement l’oreille musicale, sa mère lui fait suivre des cours de piano à partir de 1943/44. Son professeur l’initie à la musique classique occidentale au travers de petites pièces de Bach. Cette première formation se prolonge au lycée à San Francisco, son professeur de musique lui faisant écouter, chez lui, le soir, après les cours, des disques de Bela Bartok, Igor Stravinsky et d’autres compositeurs contemporains. Terry Riley compose à cette époque ses premières pièces mais n’en a pas conservé de traces écrites.
En 1959, il entre à l’Université de Berkeley et, en classe de composition, fait la connaissance de La Monte Young avec qui il se lie immédiatement. Ils improvisent ensemble et Young lui fait découvrir John Coltrane. Il se plonge avec intérêt dans l’avant-garde du jazz, Coltrane donc mais aussi Sonny Rollins et Thelonious Monk. Terry Riley est également fasciné par les pièces pour piano d’Arnold Schoenberg, la musique sérielle semble alors aussi offrir un formidable espace de liberté. Au début des années 60 Terry Riley joue régulièrement au sein du Theatre of Eternal Music de La Monte Young. Puis il forme un groupe d’improvisation avec Pauline Oliveros et Loren Rush avant de partir en Europe, d’abord en Espagne, puis en France. Il vit à Paris vers 1962/63, où il gagne sa vie en tant que pianiste de Jazz dans des clubs de Pigalle. Parallèlement, il expérimente l’utilisation des bandes magnétiques, notamment avec l’australien Daevid Allen (ami de Robert Wyatt et futur fondateur du groupe Gong). A Paris également, Terry Riley collabore avec Chet Baker. Sur Music for the Gift (1963), il accompagne le trompettiste avec un montage sur bandes mises en boucle de sons de trombone, basse, batterie, de sons concrets et de voix. A travers ce travail sur les bandes magnétiques, Riley développe progressivement un mode de composition et d’improvisation basé sur la répétition de courtes cellules mélodiques. En 1964, il compose In C (« En do majeur »). Si La Monte Young est le pionnier de la musique minimaliste, avec « In C » Terry Riley devient le fondateur reconnu de la musique minimaliste dans sa tendance répétitive. Selon Terry Riley « tous les interprètes jouent la même partition de 53 motifs à répéter (…). Chaque interprète a la liberté de choisir le nombre de répétitions avant qu’il ne passe au motif suivant. Aucune règle ne fixe le nombre de répétitions ». Jon Gibson et Steve Reich participent à la première en novembre 1964.

Terry Riley crée Poppy No Good and The Phantom Band (1967) pour saxophone, orgue et dispositif à bande magnétique (« tape delay ») et Rainbow in Curved Air (1969) pour orgue électronique en re-recording. A la demande du Philadelphia College of Art, vers 1967/1968, il fait pour la première fois un « all-night concert » (« concert d’une nuit »), seul à l’orgue et en delay (le son joué en directe est « réinjecté » dans les haut-parleurs une ou plusieurs fois). En jouant sur la durée, à l’instar des cérémonies soufies devant menées à l’extase mystique, il s’agit d’amener le public vers un état de conscience propice à la méditation.

Plutôt emballé par l’expérience, Terry Riley renouvelle ce type de performance au cours de la tournée Intermedia’68 et les années suivantes. Sur Persian Surgery Dervishes (1972) figurent deux longues performances « live » de ce type, l’une à Los Angeles en 1971 et l’autre à Paris en 1972. Au cours de la tournée Intermedia’68, John McClure et David Behrman, de la maison de disque Columbia, lui proposent un contrat et publient plusieurs de ses œuvres. Outre « Poppy No Good and The Phantom Band » et « Rainbow in Curved Air », une version de « In C », enregistrée en 1968 avec Jon Hassell, est publiée chez Colombia au début des années 1970. Jusqu’à là Terry Riley et la musique minimaliste restaient confinés à « l’underground ».

Grâce à la publication de ces disques Terry Riley se fait connaître auprès d’un plus large public. De plus, en 1970 il enregistre l’album « pop » Church of Anthrax avec John Cale, du Velvet Underground. Terry Riley avait fait la connaissance de John Cale lors de leur participation au Dream Syndicate de La Monte Young. Le disque « Church of Anthrax » a été récemment édité en CD par Table of Elements. Terry Riley a également composé deux musiques de film parues sur disque : pour le film de Joël Santoni Happy Ending / Les Yeux fermés (1972) (qui s’inscrit dans le prolongement de « Persian Surgery Dervishes ») et Le secret de la vie (1975).
A la fin des années 70 paraît Shri Camel, comportant des compositions pour synthétiseur solo. « Shri Camel » a été utilisé par Robert Ashley pour son documentaire vidéo « Music with Roots in the Aether » tourné en 1976 et dans lequel apparaît Terry Riley. Puis Terry Riley se fait plus discret. Il approfondit sa connaissance des musiques orientales en effectuant plusieurs voyages en Inde et, comme La Monte Young et Marianne Zazeela, devient un disciple de Pandit Prân Nath, maître du Kirana, style de raga d’Inde du nord. Il l’accompagne même très fréquemment lors de concerts au tampura, au tabla ou au chant, ce jusqu’à la mort du maître en 1996. A partir du début des années 80 Riley se consacre également à l’enseignement de la musique indienne au Mills College d’Oakland. Il y rencontre David Harrington le fondateur du Kronos Quartet. Une longue collaboration avec le quatuor commence alors, ponctuée de plusieurs compositions, dont Cadenza on the Night Plain (1985) Salome Dances for Peace (1989) et Requiem for Adam (2001). Terry Riley s’est lui-même tourné vers une musique plus acoustique, délaissant l’orgue pour le piano et le sitar. En 1989, il créa le New Performance Ensemble Khayal, formation orientée vers la musique improvisée instrumentale et vocale. Durant les années 1980 et 90 Riley s’est le plus souvent produit en solo au piano. Sur The Padova Concert (enregistré en 1986, publié en 1992), il joue sur un piano accordé selon les principes de l’intonation juste initiés par La Monte Young. Plus récemment, Terry Riley s’est produit avec le contrebassiste italien Stefano Scodanibbio à de multiples reprises, notamment au Festival MIMI à Arles en 1999 et au festival Sonar à Barcelone en 2001. Après de longues années d’études et de pratique auprès de Pandit Prân Nath, Terry Riley est capable d’interpréter d’envoûtants ragas d’Inde du Nord, en s’accompagnant lui-même à la sitar. Il clôt souvent ses concerts par un raga du soir.
Terry Riley a fondé son propre label, Sri Moonshine, du nom de son ranch situé dans les montagnes de la Sierra Nevada en Californie. La première publication de Sri Moonshine est l’album Atlantis Nath en 2002 en édition limitée à 1000 exemplaires. Il s’agit du premier véritable nouvel album studio de Terry Riley depuis Shri Camel. Atlantis Nath est né sous l’impulsion de Michel Redolfi, directeur du festival MANCA à Nice. Terry Riley a composé de nombreuses pièces pour ce festival de 1992 à 1998 révélant un « nouveau » Riley, « à la fois jazzman, homme d’orchestre, écrivain, mystique et anarchiste : un créateur « maximaliste » encore inconnu du grand public ». Atlantis Nath se révèle ainsi comme l’un de ses albums les plus variés où longs soli de piano côtoient chant raga, synthé planant où orchestral. Il révèle aussi un Terry Riley dont le chant rappelle étrangement celui de Robert Wyatt !(source neospheres )

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2 Réponses to “Koyaanisqatsi”

  1. willzigg octobre 16, 2012 à 3:36 #

    Mais pourquoi donc cet article s’appelle Koyaanisqatsi.

    • nesta12 octobre 17, 2012 à 12:01 #

      un clin d’oeil a Philippe glass et a la trilogie de film

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